En passant

Et quelquefois j’ai comme une grande idée, Ken Kesey

4 Oct

IMG_2831-001

« … une séance à son cabinet où je lui annonçais sur un ton de désespoir théâtral : « Docteur… ça y est, je deviens fou, je disjoncte dans les grandes largeurs, ça me tombe dessus ! »

Il s’était contenté de sourire, d’un air aussi condescendant que thérapeutique : « Non, Leland, pas vous. Vous, ainsi que beaucoup d’autres de votre génération, vous trouvez en quelque sorte exclus de ce sanctuaire-là. Il vous est désormais impossible de « devenir fou » dans le sens classique de l’expression. Il fut un temps où les gens « devenaient fous » fort à propos, et ils disparaissaient de la circulation. Comme des personnages de fiction à l’époque romantique. Mais de nos jours… », et là je crois qu’il s’était même payé le luxe de bâiller, « …vous êtes trop bien informés sur vous-mêmes et votre psychisme. Vous connaissez trop intimement un trop grand nombre des symptômes de la maladie mentale pour vous laisser prendre par surprise. […] vous serez peut-être névrosé jusqu’à la moelle pour le restant de vos jours, et malheureux aussi, […] et vous allez sans aucun doute en prendre pour cinq années supplémentaires de séances payantes avec moi – mais j’ai bien peur que vous ne soyez jamais complètement dingue. »

…si ça se trouve ça aurait été aussi chiant que d’être saint d’esprit. Ça demande sans doute trop de boulot, la folie. » (p92-93)

« Le temps se recouvre lui-même. Le souffle qu’une brise vagabonde transporte n’est pas le vent tout entier, et la fin d’un évènement passé n’est pas le début d’un autre à venir. C’est plutôt – voyons un peu – comme de pincer l’un des filaments arachnéens d’une vaste toile des vents mais qui ferait frissonner toute la scène. Voilà, comme ça ; il se recouvre… » (p251)

« … Joe a accepté tous les malheurs de l’existence comme des preuves de bonne fortune, et toute la merde comme un signe indiquant la présence de poneys Shetland à proximité immédiate, des étalons pur-sang caracolant juste un peu plus loin. Si quelqu’un s’était avisé de lui montrer que le poney n’existait pas, n’avait jamais existé, seulement la blague et la merde, il aurait dit merci pour l’engrais et planté un potager. » (p370)

Et quelquefois j’ai comme une grande idée, Ken Kesey, traduit de l’anglais (États-Unis) par Antoine Cazé, Monsieur Toussaint Louverture, 2013

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :