En passant

Les douze tribus d’Hattie, Ayana Mathis

7 Fév

hattie

La maison d’Hattie n’était située qu’à une demi-heure de là, mais Alice n’y allait plus désormais. Quand elle voyait ses parents ou ses frères et sœurs, c’était parce qu’ils s’étaient déplacés, parce qu’ils étaient venus dîner à la table d’Alice, où ils étaient servis par sa domestique. Ils seraient tous là pour sa soirée. Ils regarderaient tous ses beaux objets, ils s’assiéraient sur ses banquettes et ses canapés et ils bavarderaient avec elle comme si elle n’avait jamais fait partie de leur famille. Bell sortirait de la salle de bain et dirait en plaisantant qu’elle pourrait payer un mois de loyer rien qu’en revendant les essuie-mains. Évidemment, le problème, c’était leur jalousie. (p182-183)

J’ai peur que la brume sur l’eau ne gagne le rivage pour s’installer au-dessus du sable et ne m’empêche de voir les serpents s’approcher de moi. J’ai mal au cou à force de scruter le sable et d’essayer de les repérer. J’appuie sur la détente de mon fusil tout doucement, lentement, jusqu’à ce que je sente la résistance augmenter sous le bout de mon doigt, jusqu’à ce que je ne sois plus qu’à une fraction de seconde du claquement libérateur. J’allume une autre cigarette. J’ai écrit une lettre à ma femme, je suppose que je devrais dire mon ex-femme… (p212)

Je n’ai pas envie de mourir comme ça, ivrogne croupissant, en train de patrouiller sur une plage si loin de chez moi que ça pourrait tout aussi bien être la lune. J’ai une fille à Philadelphie qui ne sait pas encore qu’elle a besoin de moi. Lucille est faite de toutes ces choses qui me ressemblent – peut-être qu’elle a ma bouche ou mon menton, ou peut-être qu’elle sera bonne en calcul, comme moi – et elle ne sait même pas que je suis quelque part dans ce monde, avec elle. (p218)

Après avoir extirpé Hattie de sa Géorgie natale, le destin avait voulu qu’elle donne naissance à onze enfants et qu’elle les enracine dans le Nord, mais elle n’était elle-même qu’une enfant, totalement inapte à la tâche qui lui avait été assignée. Personne ne pouvait lui dire pourquoi les choses s’étaient passées de la façon dont elles s’étaient passées, ni August, ni le pasteur, ni Dieu lui-même. Hattie croyait en la puissance de Dieu, mais elle ne croyait pas en ses interventions. Au mieux, il était indifférent. (p303)

Les douzes tribus d’Hattie, Ayana Mathis, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par François Happe, Gallmeister, 2014

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2 Réponses to “Les douze tribus d’Hattie, Ayana Mathis”

  1. jostein59 8 février 2014 à 8 h 12 min #

    Il me tente beaucoup ce livre. J’espère que j’aurai l’occasion de le lire.

    J'aime

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