Douze moins deux

11 Fév

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Il suffit parfois d’une histoire. Une seule anecdote, quelques pages qui vous asticotent jusqu’au fond de vos draps quand le livre est refermé depuis longtemps et la lampe de chevet éteinte. D’habitude, c’est le moment où vous comptez les heures de sommeil qui vous séparent de la sonnerie du réveil.

Mais là, après avoir commencé Les douzes tribus d’Hattie, il y a un truc. C’est un peu comme si le réveil avait sonné plus tôt.

Au début, on est là, sur le sol froid de cette salle de bains, dans une maison des faubourgs de Philadelphie. Face à nous, une jeune femme de dix-sept ans en pleurs, et sur ses bras ses deux jumeaux de quelques mois qui ne respirent quasiment plus. Soudain, le chauffage s’arrête.

C’est l’épisode qui fait de Hattie Hattie la mère terrible des douze, moins deux. Un roc obstiné, envers et contre tout. Ceux qui lui restent, elle n’a pas le temps de les cajoler, il faut organiser la survie. Chaque chapitre ensuite consacré à ses enfants est le reflet de cette lutte.

Dans les tribus d’Hattie, j’ai mes favoris.

Il y a Alice, magnifique, fitzgeraldienne. Alice est une jeune femme gâtée et délaissée – mais les deux vont souvent de pair – qui voudrait bien se persuader que son seul problème dans la vie est l’ennui relatif que l’aisance matérielle lui procure. Et les jalousies et les convoitises de ses pauvres parents. Certes il y a aussi ce différend avec son mari sur les enfants, les pilules qu’il lui donne pour aider et celle qu’elle prend en cachette pour empêcher… Mais en matière de mari, elle n’est pas la plus à plaindre des filles d’Hattie.

Il y a Franklin, paumé sur sa plage de l’autre bout du monde, « si loin que ça pourrait être la lune ». Franklin est, à l’image de tous les hommes de ce récit, inconditionnellement, un raté. Il a conquis la fille de ses rêves, et puis, une fois mariés pour le meilleur et pour le pire, il se met à boire, à jouer et la trompe. Bingo. Seul et sans ressources, il s’engage dans l’armée, et c’est au Vietnam qu’il apprend l’existence de sa fille.

Dans ces douze chapitres scandés comme des prières, Ayana Mathis fait vibrer le blues du peuple noir. Dans cette Amérique-là, il n’y a pas de dream. Il n’y a pas de logique, pas d’explication, pas de véritables plans non plus. Peut-être seulement la cruauté et la bêtise, et les chemins qu’on emprunte au hasard pour les éviter. Rien que pour ça, les femmes font leur entrée au catalogue de la très masculine maison Gallmeister de belle manière.

Kelly

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Les douzes tribus d’Hattie, Ayana Mathis, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par François Happe, Gallmeister, 2014

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Une Réponse to “Douze moins deux”

  1. jostein59 12 février 2014 à 6 h 13 min #

    Dès que je vois ce livre, je cours lire l’avis et je ne suis jamais déçue. Il ne me reste donc plus qu’à le faire entrer dans ma bibliothèque.

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