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Join the club !

22 Oct

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Il y a des jours où je rêve d’être un gentleman anglais célibataire. J’aurais mon appartement dans un hôtel particulier où ne logeraient que des amis, mon fauteuil, ma cheminée (mon valet!), ma bibliothèque. Pas d’importun, pas d’urgence. Juste le temps, le temps de s’asseoir et de fumer une pipe ou un cigare.

James M. Barrie et ses amis mènent, dans cette « étude fumeuse », le genre de vie que se permettait une certaine littérature, encore au XIXe siècle : ils n’ont pas de travail (ou ont l’élégance de ne pas en parler) et jamais de problèmes d’argent. Ils n’ont pas de relations – les femmes, la famille, les collègues n’ont jamais constitué la matière d’un seul roman intéressant. Tandis que le tabac !

Voilà leur seule véritable source de plaisir : fumer. Non pas fanatiquement et frénétiquement, mais en esthètes, comme l’amateur goûte un vin ou un met. Ils se disputent l’autorité, dans l’art de distinguer le bon tabac du mauvais, de trouver La pipe qui en magnifiera l’essence, la blague fidèle qui saura le conserver. Cependant, une chose cruciale les réunit. L’Arcadie. Un tabac si unique et si subtil, à les entendre, si incomparable, qu’il a soudé ces hommes pour toujours : « lorsque nous nous retrouvons, il est impossible de nous distinguer autrement que par nos pipes ; mais, fût-il en compagnie de personnes fumant un autre tabac, chacun d’entre nous serait considéré comme un parfait excentrique. Tel un Chinois en Europe. »

Dans ce club très select des Arcadiens, on parle peu mais on apprend des choses fort utiles : des mérites comparés du mariage et du tabac, des astuces pour éviter les fâcheux bavards aux dîners ou les assauts infatigables des femmes… La base de tout hédonisme, en somme !

Comment entrer dans le club ? me demanderez-vous. Travaillez un peu votre anglais, puis… Un zeste de flegme, une bonne dose de mauvaise foi, un soupçon d’ironie, et vous êtes en Arcadie.

Pam

My Lady Nicotine, James M. Barrie, traduit de l’anglais par Évelyne Chatelain et Jean-Paul Mourlon, Attila, 2008

+ mention spéciale pour ce très beau livre, et les illustrations de Quentin Faucompré :

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Carte postale littéraire : mon voyage à Cuba avec… Graham Greene

31 Août
BLOG2-001Cet été, les Inopinées partent à Cuba, et vous proposent leurs cartes postales littéraires. Classiques, sulfureux, historiques, esthétiques et éclectiques, quel sera votre roman préféré pour vous accompagner sur l’île du Che ?
Pam, Kelly et Jen vous présentent en quelques mots et extraits les incontournables de la littérature cubaine.

Carte postale # 2

Notre agent à La Havane, Graham Greene

Daïquiris à gogo, shows érotiques et parties de dames (de dames, oui ! ) arrosées : bienvenue dans La Havane des années 50, quand les vieilles voitures américaines n’étaient pas si vieilles… Inspiré par sa propre expérience et ses voyages à La Havane, Graham Greene imagine le personnage de Jim Wormold, Anglais expatrié à Cuba, responsable d’un magasin d’aspirateurs et père célibataire d’une fille de dix-sept ans aussi catholique que dépensière. Il est un jour abordé par un agent des services de renseignements britanniques qui lui propose, sans trop lui laisser le choix, de devenir son agent de liaison à La Havane. Contraint d’accepter car il y voit au moins un moyen d’éponger ses dettes, Wormold commence à envoyer ses premiers rapports… Comédie loufoque dans un Cuba paradis des flambeurs, buveurs et pornographes, envahi par les Occidentaux qui viennent s’y refaire de drôles de guerres, Notre agent à La Havane n’est pas le plus réaliste des livres de route, mais c’est sûrement celui qui vous fera le plus rire !

Extrait : le recrutement de Jim :

« Je n’accepte aucune mission. Pourquoi m’avez-vous choisi ?9034-gf

– Anglais patriote. Établi ici depuis des années. Membre respecté de l’Association des commerçants européens. Il nous faut notre agent à La Havane, n’est-ce pas ? Les sous-marins ont besoin de fuel. Les dictateurs se rapprochent les uns des autres. Les gros entraînent les petits.

– Les sous-marins atomiques n’ont pas besoin de fuel.

– Exact, mon vieux, absolument exact. Mais les guerres éclatent toujours avec un peu de retard. Il faut que les armes traditionnelles soient prêtes aussi. Et puis il y a les informations économiques : sucre, café, tabac…

– Tout cela se trouve dans les annuaires du gouvernement.

– Nous n’avons aucune confiance en eux mon cher. Et, bien entendu, les renseignements politiques. Avec vos aspirateurs, vous avez vos entrées partout.

– Est-ce que vous voudriez que j’analyse les poussières ?

– Vous prenez peut-être cela pour une plaisanterie, mais au moment de l’affaire Dreyfus, le témoignage le plus important pour le contre-espionnage français a été celui d’une femme de ménage qui vidait les corbeilles à papier à l’ambassade d’Allemagne. » (p51)

Et un extrait du film de 1959, où Jim exerce lui-même ses pauvres talents de recruteur d’agent…

À voir à la Havane : le bar Sloppy Joes, l’hôtel Sevilla et l’hôtel Inglaterra, le bar Floridita… Mais surtout, boire des daïquiris !

Pam

Notre agent à La Havane, Graham Greene, traduit de l’anglais par Marcelle Sibon, 10/18, 2001 (traduction de 1965)

Lecteur cherche aventure désespérément

17 Mar

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« Je cherche l’aventure, mais rien ne se passe. » nous disait la semaine dernière C., au self de la cantine, coincé entre le buffet crudités et les grillades, en réponse à notre anodine question « ça va ? ». L’endroit était certes mal choisi ; c’est ce qui fait toute la beauté de la réplique. Pour lui, et parce qu’on sent que la demande ne faiblit pas, on s’est dit qu’on allait vous proposer l’aventure, pour pas cher.

Ouvrez L’Affaire Jane Eyre ou Sauvez Hamlet ! de Jasper Fforde, et laissez-vous porter.

Nous sommes à Swindon, commune imaginaire d’une Angleterre imaginaire, où le cours du temps est surveillé par des Chronogardes (ce qui n’empêche pas les accidents de distorsion temporelle, Interstellar n’a rien inventé), les dodos ont été réintroduits en tant qu’animaux domestiques grâce à la manipulation de l’ADN, et, surtout, la littérature et les arts sont les enjeux du débat politique et objets de toutes les convoitises. Les bibliothèques sont mieux gardées qu’un coffre-fort dans une banque suisse : vous l’aurez compris, c’est de la science-fiction…

Thursday Next, héroïne de la série, fait partie du service des OpSpecs – 27, les détectives littéraires. Ceux-ci ont pour mission de « protéger la population contre la fraude littéraire, les interprétations hystériques des pièces soumises au droit d’auteur et la contrebande d’imitations shakespeariennes. » (Petit enfer dans la bibliothèque, p22). Un programme chargé. Vous n’imaginez pas le nombre de faux Shakespeare qui ont le culot de surgir à tous les coins de rues, brandissant un sonnet de mauvaise facture. La contrebande est un fléau notoire, dans un pays où les Roméo ou Othello automates distributeurs de répliques sont très appréciés, et la pièce Richard III interprétée tous les soirs grâce à des amateurs passionnés, acclamés comme des rock stars par une foule en délire. Mais Thursday doit avant tout veiller à la sauvegarde des manuscrits originaux, car ceux-ci sont la porte d’entrée… vers le Monde des Livres.

Le Monde des Livres. On en rêvait, Jasper Fforde l’a fait. Le Monde des Livres, où vivent tous les personnages de fiction qu’on aime d’amour depuis le premier jour : on y croise Raskolnikov, Hamlet et Ophélie, ou encore Jane Eyre et son cher Rochester. Territoire hautement stratégique, ce monde est secoué par des conflits, qui opposent le Roman féministe et le Roman Grivois par exemple, et très prisé par Goliath, multinationale hyper-puissante, qui n’a d’yeux que pour les potentiels espaces publicitaires sans limites qu’il laisse entrevoir. Placer des produits discrètement dans Crime et châtiment ou Du côté de chez Swan (la madeleine de Proust Bonne Maman !) : what else ?

Pour vous laisser le choix de l’aventure, on vous résume quelques épisodes en trois mots :

L’Affaire Jane Eyre : Jane Eyre a disparu, toute l’Angleterre tremble d’effroi tandis que l’éradication définitive menace l’un des plus grands chefs d’œuvre de la littérature.

Délivrez-moi : Thursday est contrainte de se cacher dans le Monde des Livres et en intègre la police interne, sous le commandement de Miss Havisham, personnage excentrique des Grandes Espérances de Dickens.

Sauvez Hamlet ! : Thursday ramène le célèbre héros shakespearien dans le Monde Extérieur. Toujours en proie à des doutes existentiels et insupportablement susceptible, Hamlet ne tarde pas à agacer tout le monde. Pendant ce temps, dans la pièce éponyme, Ophélie fomente une rébellion…

Ouf. On se rassoit et on souffle, heureux qu’un auteur contemporain se soit saisi de cette chance, cette liberté, cette fantaisie que la littérature offre. Et dont elle a besoin. L’univers ahurissant de Fforde, c’est ça, le début de l’aventure.

Jen

Toute la série des Thursday Next est publiée chez 10/18, le dernier tome Petit enfer dans la bibliothèque (traduit par Jean-François Merle) est sorti en novembre 2014 chez Fleuve Éditions.

En savoir plus sur l’étonnant Jasper Fforde par ici.

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Résiste encore et toujours à l’envahisseur

28 Mai


Sans titre

Une dictature d’Amérique latine décadente à peine imaginaire et un village de résistants irréductibles déterminés à ne plus s’en laisser conter… Voilà le récit fabuleux des aventures très drôles, très attendrissantes et parfois très cruelles des habitants de Cochadebago de Los Gatos, et de leur lutte face aux ennemis intérieurs – les plus vicieux – qui menacent le pays : les guerilleros, les barons de la coca, et une bande de fanatiques prêts à lancer une Nouvelle Inquisition.

Tous ceux qui ont décidé d’en finir avec la barbarie sont les bienvenus, car il y a une chose que les habitants de Cochadebago ont fuie, et bannie à jamais de leurs coutumes : la violence. Et dans un pays gagné de manière perpétuelle et incompréhensible par la haine et l’envie de se mettre sur la gueule, c’est un exploit :

« La seule façon de comprendre … est de reconnaître l’existence, dans l’inconscient national, d’un désir atavique et profond d’atteindre l’excitation du combat qui ne répondait pas quant à lui à un quelconque intérêt ni au besoin de défendre telle ou telle cause, mais qui prenait le moindre prétexte infantile pour éclater. Cette nation était de celles dont la mentalité générale n’aurait pas vu la moindre contradiction dans le fait d’envahir un pays pour y imposer le pacifisme. Venait s’ajouter à cela une tendance à s’accaparer des biens et des terres, d’une naïveté telle que personne ne semblait en reconnaître le cynisme. » (P237, La calamiteuse…)

Alors qu’à Cochadebago de Los Gatos, on a fait le tri entre les traditions à perpétuer et celles qu’il valait mieux abandonner, pour la tranquillité de tous. La religion catholique d’accord, s’ils insistent, mais seuls les prêtres défroqués qui assument un niveau normal de libido sont acceptés, ou ceux qui lévitent pendant le prêche. L’égalité entre les sexes jamais, on ne touche pas au sacrosaint machismo, mais quand une femme donne son avis on l’écoute, même si on fait semblant de s’occuper à autre chose. Les hommes ayant des principes et les femmes du caractère, chacun ainsi s’accommode. La pauvreté étant inévitable, la bienveillance envers les orphelins chapardeurs et les prostituées est de rigueur, ces dernières suscitent même l’admiration et la reconnaissance de la communauté, hommes et femmes confondus. Tant qu’il honore ces principes, le visiteur occasionnel ou les nouveaux arrivés n’ont rien à craindre.

Et il y a des jours où j’aimerais bien qu’un Cochadebago existe pas loin de chez moi… Pas vous ?

Jen

La guerre des fesses de Don Emmanuel, Louis de Bernières, traduit de l’anglais par Frédérique Nathan, Stock, 1992

Señor Vivo et le baron de la coca, traduit de l’anglais par Frédérique Nathan, Stock, 1993

La calamiteuse progéniture du cardinal Gunzman, traduit de l’anglais par Elie Robert-Nicoud, Stock, 1995

Les gentlemen anglais n’ont pas l’esprit mal tourné !

21 Jan

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…toujours est-il qu’il m’a cloué le bec et qu’il est devenu assez teigneux, bizarrement, et qu’il a commencé à me dire : « Il faut que tu saches, Kitty, que je me contrefiche de ton discours de snobinarde anglaise sur les étrangers, l’amour, la poésie et les ukulélés. En ce qui me concerne, l’archétype du gentleman anglais, la taille bien faite et l’esprit mal tourné, continue à être mon modèle » (p61) 

On commence l’année par un bonbon acidulé anglais, un court roman de Julia Strachey, Drôle de temps pour un mariage. Je dis bonbon à dessein, on s’en saisit et le savoure avec la même insouciance et la même rapidité, pourtant on y pense longtemps après que les derniers mots ont fondu dans la bouche.

Dans les années 1930, la maison bourgeoise des Thatcham dans les environs de Malton, Yorkshire, est en émoi. La jeune Dolly Thatcham, en ce 5 mars, se marie. Mais, comme qui dirait, ça manque d’ambiance.

Pas de dentelles virevoltantes, de bonnes surexcitées, ou d’enfants tout mignons aux joues roses. La maison est remplie d’objets qui tombent ou ne sont pas à leur place, les personnages qui évoluent au milieu de ce décor insolite sont plongés dans une sorte de torpeur… on sent très vite à quel point c’est un drôle de temps pour un mariage.

On ne saura jamais vraiment le détail, c’est toute la puissance de suggestion de Julia Strachey : il y a un triangle amoureux qui rend la future mariée fébrile, entre Owen qu’elle doit épouser et Joseph, un ami très cher qui semble plus que nerveux. Et puis Kitty, la sœur plus jeune et tellement idéaliste, la mère-maîtresse de cérémonie aveuglée et satisfaite, et les amies qui ne peuvent plus rien empêcher et les vieilles tantes auxquelles on cède la place pour le thé.

On parle des choses essentielles : «  Quoi ? Jamais été à Chidworth ? lançait-elle, sidérée, à un inconnu à la moustache blanche à côté d’elle… Ah, mais vous devez absolument aller à Chidworth ! Enfin quoi, de là-haut, par beau temps, on peut voir trois comtés à la fois ! Et puis le petit village est tellement mignon ! … Il y a huit kilomètres de là à Waddingchitwold, vous savez. » (p44) Pendant que dans la pièce d’à côté, l’aveu qui pourrait tout remettre en question n’est pas prononcé.

Publié à l’origine par Virginia Woolf « Un très joli texte, intelligent, acide, franchement assez remarquable », Drôle de temps pour un mariage fut longtemps oublié avant d’être repris récemment par les éditions Persephone en Angleterre. Cette maison s’est spécialisée dans les écrits de femmes du XXè siècle, elle affiche une centaine d’ouvrages à son catalogue. Et ils sont sans doute encore nombreux à ne pas être traduits, donc sincèrement, éditeurs, c’est quand vous voulez.

Pam

http://www.persephonebooks.co.uk/books/

http://thecaptivereader.wordpress.com/2010/05/05/cheerful-weather-for-the-wedding-julia-strachey/

Persephone_Books_Julia_Strachey-445x600Julia Strachey par Ray Strachey, vers 1925-35 © NPG

Drôle de temps pour un mariage, Julia Strachey, traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff, Le Livre de Poche, 2013

Où l’on s’autorise enfin l’élégance

29 Jan

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Qui n’a jamais noté les répliques cinglantes d’un auteur anglais au meilleur de son excentricité, dans le secret (et vain) espoir de les exploiter lors de dîners besogneux ? Ou encore, qui ne serait tenté, après les avoir lus, d’interpeller quelqu’un au hasard dans la rue avec ces mêmes mots : « – Monsieur Smith ! – Je ne m’appelle pas Smith. – Vous vous appelez Smith génériquement, Smith à tous égards. C’est la raison pour laquelle je m’adresse à vous. En faisant votre connaissance, je fais celle de mille individus. Vous êtes un raccourci vers le savoir. »

Voilà, pendant un instant vous avez été le duc de Dorset, le magnifique et empanaché Dorset, le monde vous appartient, mais jamais vous ne trichez aux cartes. Vous ne montez jamais en auto et vous tolérez les Américains s’ils se contentent d’exister de l’autre côté de l’Atlantique. Vous êtes un dandy irréprochable, chacun à Oxford peut en témoigner. Et jamais vous ne tombez amoureux.

Sauf… lorsque Zuleika Dobson débarque à Oxford. La Carmencita, version thé et brumes d’Outre-Manche. Zuleika Dobson a deux problèmes : sa beauté, et les hommes qu’elle séduit, jusqu’à les réduire à l’abêtissement, la soumission, l’esclavage le plus total et le plus abject. Un sale coup du sort. Pour le Duc, la passion est nouvelle, et compliquée. Il lutte brièvement, mais se rend, comme les autres, pitoyablement, comme les autres, pense Zuleika. Elle le refuse, malgré une demande en mariage très précisément argumentée (le Duc est un parti, vous en conviendrez, fort appréciable). Il prend alors la seule décision qui sied à son rang et à sa doctrine, la résolution solennelle de se donner la mort.

À dessein, Max Beerbohm s’amuse à torturer ce jeune coq, dernier représentant d’un Oxford de l’entre-soi finissant, autant qu’il ridiculise la vanité insatiable et les conceptions simplistes de Zuleika sur l’amour, la musique, l’art (avec une misogynie rampante qu’on pardonne, cette fois seulement).

Max Beerbohm ? Le dernier dandy, ces ascètes inconditionnels du corps et de l’esthétisme, rivés à la modernité nouvelle et incertaine, chérissant et cultivant leur image car elle est tout ce qui leur reste. Une sensibilité disparue avec Oscar Wilde. Essayiste, successeur de Bernard Shaw pour le Saturday Review en tant que critique dramatique, et caricaturiste, Max Beerbohm mourut à Rapallo en 1956 en laissant une œuvre romanesque malheureusement réduite à deux récits, L’Hypocrite heureux et ce roman satirique, Zuleika Dobson. Mordante et spirituelle, cette « fantaisie », comme il la nomme, est délicieuse, dans sa légèreté et sa fascination tendre pour l’élégance de l’aristocrate dandy et ses excès. Car excès il y aura. La beauté fatale de Zuleika condamne à mort l’entier collège de Judas dans un suicide collectif délirant de jeunes hommes en mal d’amour et d’héroïsme.

Mais nous, nous avons retrouvé une connivence d’esprit qui rassure. Et pour les prochains dîners que nous évoquions (un dernier petit snobisme, promis le prochain post sera sagement égalitaire) :

« Elle lui avoua qu’elle ne connaissait rien à la musique mais qu’elle savait ce qui lui plaisait. En remontant avec lui le long de l’allée, elle insista sur ce point. Les adeptes de cette opinion ne se lassent pas de la répéter.»

Pamela Proust

Critiques Blog

Zuleika Dobson, de Sir Maximilian Beerbohm, traduit par Philippe Néel et révisé par Anne-Sylvie Homassel, illustré par Georges Him, Editions Monsieur Toussaint Louverture, 2010

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