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Le cœur des hommes

8 Oct

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Si par ces douces soirées d’octobre on s’accordait le plaisir d’une pause badine, en compagnie d’un poète beatnik gentiment déluré ?

Thomas Rain Crowe en 1970 a 21 ans, il est à San Francisco, et se remet d’une peine de cœur infligée par une Carmélite française intraitable : « Je me demande toujours pourquoi, parmi toutes les femmes de France, je suis tombé amoureux d’une bonne sœur » (p5).

C’est vrai qu’on a tendance à penser qu’il le fait exprès. Voyez plutôt.

Échoué donc à Frisco, au milieu de l’effervescence beatnik des années 70, il s’entiche à nouveau, non pas d’une rêveuse perchée, d’une poétesse sous LSD, ou simplement d’une Californienne à la peau dorée … mais d’une espionne du FBI. Ou bien encore, au cœur des vignobles de la vallée de Napa, c’est à la seule actrice versatile du seul théâtre à des kilomètres à la ronde, évidemment, qu’il succombe.

Une victime qui rédigerait son propre réquisitoire misogyne ? Que nenni. Les femmes sont objets de fascination et d’amour pour Thomas Crowe, inconditionnellement. Tendre, et reconnaissant envers ses bourreaux de passage, il leur accorde que « Le plaisir venait de la poursuite. » (p29)

Il court ainsi, dans ces six nouvelles au charme léger, de triangles amoureux en passions éphémères et se souvient, avec honnêteté, et une candeur presque intacte à l’aube de ses soixante ans, de la chaleur des corps et de l’exaltation des âmes qu’on veut sœurs…

« À chaque fois qu’on parle d’amour, c’est avec jamais et toujours… », on le sait, il en fait l’apprentissage jusqu’au jour où… et c’est la dernière histoire, celle qu’on préfère, mais on ne vous en dira pas plus, c’est au poète de colorer l’automne.

Kelly

Pour les femmes, Thomas Rain Crowe, traduit de l’anglais (États-Unis) par Antoine Bergel, Aux Forges de Vulcain, 2013

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Deuxième chronique pour la Voie des Indés, une dernière à suivre !

La Voie des Indés, avec Libfly, Libr’Aires, Mediapart, et les Soirées de la petite édition.

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Et vous, que feriez-vous ?

6 Sep

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Imaginez qu’on vous pose cette simple question, « Que faire ? » et que l’on vous lance à travers la ville, le monde, l’histoire, la fiction, accompagné d’une nouvelle Ligue des gentlemen extraordinaires. Mais ceux-ci sont d’un type particulier. Ou plutôt non, justement, ils sont comme vous et moi : un thésard en socio, une caissière, un retraité, une chanteuse, un clochard,… et je vous passe toute la liste parce qu’il y en a treize. Et comme à vous, l’auteur leur pose cette question : « que faire ? », il attend une réponse de chacun, il les a convoqués pour cela.

Évidemment, il faut creuser. Allez, on n’est plus en vacances, on s’y met. « Que faire » cela ne veut pas dire « comment on va bien pouvoir s’occuper à treize ? », là on aurait des horizons assez prédéfinis (pique-nique, football, trois doubles de badminton avec un arbitre…), non ce groupe-là, que vous avez choisi de suivre, cherche tout simplement… à faire la révolution.

À chaque chapitre son personnage et sa proposition. Sur les chapeaux de roue (qu’elles appartiennent à des trains désaffectés, aux premières Citroën électriques, aux bus divers et variés du réseau intra et périurbain) on suit nos conspirateurs dans leurs lieux secrets. Ce sont des zones grises, de pouvoir ou de passage, des archives jalousement gardées ou des ruines abandonnées. D’elles, chacun tire une histoire, un peu la sienne un peu la Grande, et développe un plan d’action.

Un livre à tiroirs donc, picaresque (fièrement et plusieurs fois revendiqué en tant que tel) qui nous mène de Lénine à l’histoire du linotype en passant par les trottoirs des dealers de Seine-Saint-Denis. Sous l’influence d’un léger syndrome Bouvard et Pécuchet, l’auteur a des velléités  encyclopédiques. Ça n’est pas pour nous déplaire, mais d’une révolution programmée, viendrait-on à un état des lieux ? Même pour suivre les très grands pas des grands rebelles, il n’est pas toujours facile d’exhiber leurs traces sur la piste et de tout détruire… Les empreintes passées commencent à compter davantage que la table rase.

Ainsi vient l’histoire de l’auteur. Un deuil, de ceux qui surprennent, à jamais injustes, à jamais incompris.

Les ramifications de l’urbs s’étendent au fil du parcours. Au final sa structure est là, complète, les lieux n’ont pas explosé, tout est en place. Et avec l’auteur et les Treize on se rassure. D’une souffrance terrible on se relève, d’un échec, d’un oubli, d’une place forte, on peut sortir. On peut continuer, et toujours, encore, lire, écrire, chanter, manger, et rire. Ce qui me semble un programme révolutionnaire des plus efficaces !

Urbs, Raphaël Meltz, éditions Attila/Le Tripode, 2013

PS : on me conseille de rajouter que c’est plein d’humour, d’esprit, de sentiments et d’aventures, je voulais aussi le dire mais cela semblait moins essentiel. Sachez-donc que c’est vrai, il y a tout ça dans ces 230 pages et pas qu’un peu, mais j’arrête parce que là je fais du Raphaël Meltz, je métatexte, et il fait ça beaucoup mieux que moi.

Pam

2013-09-05

Première chronique pour la Voie des Indés, deux prochaines à suivre !

La Voie des Indés, avec Libfly, Libr’Aires, Mediapart, et les Soirées de la petite édition.

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