Tag Archives: La Havane

Carte postale littéraire : mon voyage à Cuba avec… Pedro Juan Gutiérrez

11 Sep

BLOG1-002

Cet été, les Inopinées partent à Cuba, et vous proposent leurs cartes postales littéraires. Classiques, sulfureux, historiques, esthétiques et éclectiques, quel sera votre roman préféré pour vous accompagner sur l’île du Che ?
Pam, Kelly et Jen vous présentent en quelques mots et extraits les incontournables de la littérature cubaine.

Carte postale # 3

Trilogie sale de La Havane, Pedro Juan Gutiérrez

« Désormais, je m’entraînais à ne rien prendre au sérieux. » Sauf le sexe, pourrait-on ajouter. En 1994, dans les décombres d’une Havane en ruines, il n’y a qu’une échappatoire à la faim et à la misère pour Pedro Juan Gutiérrez. Jouir. Jouir et re-jouir, et jouir encore. Les corps faméliques se cherchent, se percutent et se prennent, sans raison, sans possible. Égoïstes. Le corps – noir, blanc, métisse – c’est tout ce qui leur reste. Nous sommes en pleine période dite « especial » selon la terminologie officielle. « Especial » cela veut dire « sauvez-vous vous-mêmes ». L’URSS s’est effondrée, et avec elle le géant qui assurait la survie de l’île. La pénurie paralyse le pays. Entre débrouille, magouilles et petits boulots, chacun gratte ce qu’il peut. Les hommes tentent la traversée du Golfe accrochés à des pneus, et deviennent millionnaires à Miami ou Chicago (dit la légende) et les femmes restent, et pleurent. Et au milieu de tout ça s’élève la plainte fiévreuse, et peut-être pas si égoïste, de Gutiérrez.

Extrait : la nouvelle lutte

« Voilà, nous faisions notre entrée dans la jungle. Àgrands coups de pieds au cul. On avait tous quitté les cages et on avait commencé à lutter en pleine forêt vierge. On en était sortis atrophiés de cette captivité, abrutis mais téméraires. Nous n’imaginions pas ce que la bataille pour la survie allait être mais nous étions forcés d’y aller. Après trente-cinq années enfermés dans les cages du Zoo, où l’on nous avait distribué une maigre pitance, quelques médicaments mais aucune idée de ce qui se passait de l’autre côté des barreaux. Et soudain il faut se risquer dehors, sauter dans la jungle. Avec le9782264033895 cerveau engourdi et les muscles affaiblis. Seuls les meilleurs peuvent rivaliser pour se tailler une place. Et moi, j’essayais. » p169

Extrait : Luisa, mieux que le téléphone rose

« C’est une folle du cul, Luisa, et pendant qu’on nique elle me raconte ce qu’elle a fait au lit avec tous les autres. Des histoires interminables. En plus, on est ensemble depuis quatre mois mais son répertoire paraît inépuisable. Dès que je suis entré en elle et qu’on est bien collés l’un à l’autre par nos jus respectifs, elle démarre un de ses récits : « Ah ce que j’aime la pine, papito, ce que je suis pute ! Une fois j’ai… » Et ils sont toujours meilleurs. Elle donne les moindres détails, elle s’en délecte. C’est super bien, beaucoup mieux que le téléphone rose puisque c’est gratuit et en direct. Moi, je déteste l’électronique. Et le téléphone rose, qu’est-ce que c’est d’autre ? » (p144)

À voir à La Havane : Pedro Juan Gutiérrez lui-même si vous avez de la chance… Commencez par vous balader sur le Malecon !

Jen

Trilogie sale de La Havane, Pedro Juan Gutiérrez, traduit de l’espagnol (Cuba) par Bernard Cohen, 10/18, 2003.

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Carte postale littéraire : mon voyage à Cuba avec… Graham Greene

31 Août
BLOG2-001Cet été, les Inopinées partent à Cuba, et vous proposent leurs cartes postales littéraires. Classiques, sulfureux, historiques, esthétiques et éclectiques, quel sera votre roman préféré pour vous accompagner sur l’île du Che ?
Pam, Kelly et Jen vous présentent en quelques mots et extraits les incontournables de la littérature cubaine.

Carte postale # 2

Notre agent à La Havane, Graham Greene

Daïquiris à gogo, shows érotiques et parties de dames (de dames, oui ! ) arrosées : bienvenue dans La Havane des années 50, quand les vieilles voitures américaines n’étaient pas si vieilles… Inspiré par sa propre expérience et ses voyages à La Havane, Graham Greene imagine le personnage de Jim Wormold, Anglais expatrié à Cuba, responsable d’un magasin d’aspirateurs et père célibataire d’une fille de dix-sept ans aussi catholique que dépensière. Il est un jour abordé par un agent des services de renseignements britanniques qui lui propose, sans trop lui laisser le choix, de devenir son agent de liaison à La Havane. Contraint d’accepter car il y voit au moins un moyen d’éponger ses dettes, Wormold commence à envoyer ses premiers rapports… Comédie loufoque dans un Cuba paradis des flambeurs, buveurs et pornographes, envahi par les Occidentaux qui viennent s’y refaire de drôles de guerres, Notre agent à La Havane n’est pas le plus réaliste des livres de route, mais c’est sûrement celui qui vous fera le plus rire !

Extrait : le recrutement de Jim :

« Je n’accepte aucune mission. Pourquoi m’avez-vous choisi ?9034-gf

– Anglais patriote. Établi ici depuis des années. Membre respecté de l’Association des commerçants européens. Il nous faut notre agent à La Havane, n’est-ce pas ? Les sous-marins ont besoin de fuel. Les dictateurs se rapprochent les uns des autres. Les gros entraînent les petits.

– Les sous-marins atomiques n’ont pas besoin de fuel.

– Exact, mon vieux, absolument exact. Mais les guerres éclatent toujours avec un peu de retard. Il faut que les armes traditionnelles soient prêtes aussi. Et puis il y a les informations économiques : sucre, café, tabac…

– Tout cela se trouve dans les annuaires du gouvernement.

– Nous n’avons aucune confiance en eux mon cher. Et, bien entendu, les renseignements politiques. Avec vos aspirateurs, vous avez vos entrées partout.

– Est-ce que vous voudriez que j’analyse les poussières ?

– Vous prenez peut-être cela pour une plaisanterie, mais au moment de l’affaire Dreyfus, le témoignage le plus important pour le contre-espionnage français a été celui d’une femme de ménage qui vidait les corbeilles à papier à l’ambassade d’Allemagne. » (p51)

Et un extrait du film de 1959, où Jim exerce lui-même ses pauvres talents de recruteur d’agent…

À voir à la Havane : le bar Sloppy Joes, l’hôtel Sevilla et l’hôtel Inglaterra, le bar Floridita… Mais surtout, boire des daïquiris !

Pam

Notre agent à La Havane, Graham Greene, traduit de l’anglais par Marcelle Sibon, 10/18, 2001 (traduction de 1965)

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