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SAV

3 Avr


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Je crois qu’on vous doit quelques explications sur le buzz de la semaine dernière.

D’après les extraits proposés, vous vous êtes dit :

–          Soit c’est un polar ;
–          Soit c’est une histoire d’amour ;
–          Soit c’est une histoire d’amour dans un polar.
 

Jusque là, rien de nouveau sous le soleil.

Mais il faut que vous sachiez que le Président dont il était question, délicieusement nommé John Smith Jr., était le septième président des États-Unis élu… cette année-là. Que les deux individus qui dialoguent s’appellent Livre-de-Chansons et Sayonara Gangsters (lui-même). Que les deux espions amoureux transis sont surveillés dans la pièce n°1 par le gardien, à moins qu’il ne soit groom ou infirmier, il ne sait plus exactement.

Voilà, j’espère que c’est plus clair.

En réalité, chacun est un sujet potentiel à lui tout seul, mais Genichiro Takahashi assume son statut d’auteur démiurge sans trembler, se réservant le droit d’intervenir, d’interrompre l’histoire, de dialoguer avec ses personnages, de les faire disparaître s’ils ne servent plus à rien, ils n’ont qu’à aller voir ailleurs s’ils ne sont pas contents. Il peut bien s’offrir ce luxe puisque dans une grande mesure, le héros, Sayonara Gangsters, c’est lui.

Dans le monde post-post-post moderne qu’il invente, quelques petites choses ont évolué : on achète les ministres directement au supermarché (au moins, c’est fait en toute transparence), on annonce les morts imminentes par faire-part, on tombe en permanence sur des gens en quête d’identité. Des choses indépendantes, OVNI solitaires d’un univers désespérément fini, se baladent et imposent leur non-être aux innocents professeurs de poésie comme Sayonara Gangsters, qui leur prodiguent des soins, dubitatifs.

Tous recherchent une parole, un nom qui leur révèlerait ce qu’ils sont. Derrière l’ironie de la déconstruction, il y a la crainte réelle de la disparition, l’angoisse engendrée par l’incertitude. Leur principe essentiel leur échappe, mais ils pleurent en entendant Kol Nidrei joué par Pablo Casals : quelque part, une intuition imperceptible secoue encore l’âme.

Leur âme, les gangsters l’ont conservée, eux. Et ils ont l’intention de mettre la réalité KO.

Jennifer Joyce

Sayonara Gangsters, Genichiro Takahashi, traduit de l’anglais par Jean-François Chaix, d’après la traduction du japonais de Michael Emmerich, Books Éditions, 2013.

Merci à Books Éditions pour cette découverte, Genichiro Takahashi est ici pour la première fois traduit en France. Paru en 1982 au Japon, Sayonara Gangsters avait remporté le prix Gunzo (prix décerné par le public à un premier roman).

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