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La révolte des cafards, Oscar Zeta Acosta

30 Sep

Sans titre

« Quand ils ont pris la montagne ici, ils avaient plus moyen de faire marche arrière. C’était la vie ou la mort, là, sur la montagne… Ils ont choisi la mort et ils ont réussi à la vaincre. Il faut l’accepter, faut la chercher, aller coller son nez dans sa face et puis se battre pour lui échapper. Faut trouver sa mort avant de trouver sa vie. » p 248

« On me présente comme le seul avocat révolutionnaire de ce côté du golfe de Floride. Et c’est vrai : je suis le seul avocat qui déteste la loi. Les autres, ils ne font que parler. Je préfère cracher à la gueule d’un juge plutôt qu’enfoncer un pieu dans le cœur d’un flic. » (p281)

« Si vous arrivez à démêler cette histoire, c’est que vous en avez autant que moi dans le ciboulot. Et que vous aussi, vous êtes paranos. » (p338)

« … contre toute attente, j’ai réussi à faire acquitter les Treize d’East L.A., les Vingt et un de Saint-Basile et les Sept de Tooners Flats. Qu’est-ce qui se passerait si je rencontrais un carnal comme moi : un type qui part dans toutes les directions, un peu bordélique mais libre ? … qu’est-ce qui se passerait si je faisais les choses à fond ? » (p339)

La révolte des cafards, Oscar Zeta Acosta, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Romain Guillou, Tusitala, 2014

Ils en ont aussi parlé là :

http://gonzai.com/oscar-acosta-la-revolte-des-cafards-dun-z-qui-veut-dire-zeta/

http://gonzai.com/oscar-zeta-acosta-lavocat-du-diable/

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Je suis un anarchiste, mon vieux. J’arrête pas de te le dire.

30 Sep

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C’est un livre qui commence par l’affirmation de l’auteur déclarant qu’il va écrire, oui, qu’il va enfin se mettre à écrire ce livre qu’il veut écrire depuis des décennies. Il le répète tout au long du roman… sans jamais le faire. On a donc entre les mains ce texte orphelin, ce livre « malgré lui » du fameux Oscar Zeta Acosta. Et ce « malgré » va revenir très souvent : il ne sait comment, Zeta se retrouve au milieu des émeutes chicanos qui secouent Los Angeles au début des années 70, il ne sait comment, il n’est pas molesté ni embarqué par la police, il ne sait comment, lui qui voulait juste écrire, il doit défendre au tribunal ses compagnons de galère au lieu d’aller se dorer la pilule à Acapulco et de s’envoyer des filles, « comme un vrai artiste.»

Mais nous on sait comment, et pourquoi. C’est pour ça qu’on aime le personnage, et même si ce n’est pas ce qu’il voulait raconter, on est bien heureux qu’il l’ait fait, malgré tout.

Oscar Zeta Acosta, complice de Hunter S. Thompson dans Las Vegas Parano, fut un des leaders du mouvement chicano à Los Angeles. Trublion magnifique, son charisme aurait pu faire de lui un dictateur, et sa notoriété l’un de ces rares privilégiés qui s’en sont sortis, ces chicanos convertis à l’American dream. Mais le problème, on vous l’a déjà dit, c’est qu’il est écrivain : « Je suis écrivain, ouais, et chanteur. C’est pas par hasard que je suis devenu avocat et militant. Et si je ne peux pas être tout ça à la fois, j’en crève ! » (p272). « Tout ça à la fois » voilà l’enjeu. Voilà comment il est, à la fois, impliqué dans les émeutes et épargné par les autorités, hors-la-loi quasi permanent (sexe, drogues, etc) et avocat, marginal militant pour la multitude. Le vrai génie, en littérature, sait qu’il doit être des deux côtés pour écrire. Quelqu’un de plus cynique que Zeta ne s’en culpabiliserait pas.

Ce qui explique qu’il soit un peu dépassé quand ses amis insistent pour aller trouver un policier – n’importe lequel – à assassiner : « Je suis un anarchiste, mon vieux. J’arrête pas de te le dire. » (p163) réplique Gilbert à Zeta qui ne veut pas comprendre. Si tu es dans l’action, tu n’es pas dans le commentaire, et si tu commences à te poser des questions, tu n’es pas révolutionnaire. Et en même temps, comment ne pas l’être ? Dans cette Californie vendue aux Américains un siècle plus tôt, les juges sont WASP, les jurys sont WASP, les flics sont WASP (ou noirs, c’est vrai), peut-être que Dieu lui-même est WASP ? les chicanos n’ont ni voix ni droits. Jusqu’à ce qu’un écrivain-chanteur-avocat-militant déjà à moitié timbré et sous acides la plupart du temps, s’astreigne à les sauver. Parce qu’il s’agit de son peuple, et qu’il ne peut pas s’en empêcher.

Ce roman qu’Oscar Zeta Acosta n’avait pas l’intention d’écrire est le récit de sa lutte folle pour faire acquitter les Treize d’East L.A., les Vingt et un de Saint Basile et les Sept de Tooner Flats. Et il y parviendra. Des dizaines de condamnations pour outrage n’auront pas raison de Zeta, mais c’est à sa propre liberté qu’il finit par se rendre. Après cet incroyable morceau de bravoure, il quitte Los Angeles pour San Francisco, pour « écrire son chant du cygne ». On est en 1970. Quatre ans plus tard, il disparaît sans que son corps soit jamais retrouvé.

Il a toujours eu le sentiment d’un certain gâchis, un regret de ne pas « faire les choses à fond ». Il voulait « Écrire ». On lui dira, si par miracle on croise un jour le chemin de ce grand inquiet aux apparences sulfureuses, qu’il a réussi depuis longtemps.

Kelly

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Première chronique publiée dans le cadre de la Voie des Indés 2014 ! Pour en savoir plus, c’est par ici.

 

La révolte des cafards, Oscar Zeta Acosta, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Romain Guillou, Tusitala, 2014

Le cœur des hommes

8 Oct

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Si par ces douces soirées d’octobre on s’accordait le plaisir d’une pause badine, en compagnie d’un poète beatnik gentiment déluré ?

Thomas Rain Crowe en 1970 a 21 ans, il est à San Francisco, et se remet d’une peine de cœur infligée par une Carmélite française intraitable : « Je me demande toujours pourquoi, parmi toutes les femmes de France, je suis tombé amoureux d’une bonne sœur » (p5).

C’est vrai qu’on a tendance à penser qu’il le fait exprès. Voyez plutôt.

Échoué donc à Frisco, au milieu de l’effervescence beatnik des années 70, il s’entiche à nouveau, non pas d’une rêveuse perchée, d’une poétesse sous LSD, ou simplement d’une Californienne à la peau dorée … mais d’une espionne du FBI. Ou bien encore, au cœur des vignobles de la vallée de Napa, c’est à la seule actrice versatile du seul théâtre à des kilomètres à la ronde, évidemment, qu’il succombe.

Une victime qui rédigerait son propre réquisitoire misogyne ? Que nenni. Les femmes sont objets de fascination et d’amour pour Thomas Crowe, inconditionnellement. Tendre, et reconnaissant envers ses bourreaux de passage, il leur accorde que « Le plaisir venait de la poursuite. » (p29)

Il court ainsi, dans ces six nouvelles au charme léger, de triangles amoureux en passions éphémères et se souvient, avec honnêteté, et une candeur presque intacte à l’aube de ses soixante ans, de la chaleur des corps et de l’exaltation des âmes qu’on veut sœurs…

« À chaque fois qu’on parle d’amour, c’est avec jamais et toujours… », on le sait, il en fait l’apprentissage jusqu’au jour où… et c’est la dernière histoire, celle qu’on préfère, mais on ne vous en dira pas plus, c’est au poète de colorer l’automne.

Kelly

Pour les femmes, Thomas Rain Crowe, traduit de l’anglais (États-Unis) par Antoine Bergel, Aux Forges de Vulcain, 2013

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Deuxième chronique pour la Voie des Indés, une dernière à suivre !

La Voie des Indés, avec Libfly, Libr’Aires, Mediapart, et les Soirées de la petite édition.

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