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Leçons de délicatesse

16 Oct

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Avant de commencer à écrire cette chronique, j’ai cherché les images.

Comme celles-ci :

Critiques Blog1

Ou celles-là :

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… car ce sont surtout ces scènes, aux couleurs crues, aux contrastes forts, qui restent en tête quand on referme La fin du vandalisme. Des formes isolées dans l’immensité vide, vaguement reliées par la route, voilà le décor.

La vie dans le comté de Grouse est ordinaire. Les gens sont propriétaires, les enfants vont au lycée, et pour les problèmes il y a le shérif, Dan. Pour les tensions de voisinage, les vols d’engins agricoles, les rixes de bar avinées, des choses comme ça. Rien de grave.

Et puis, mine de rien, il y a Louise, ses yeux verts et ses légères taches de rousseur. Louise et Tiny d’abord, puis Louise et Dan. Une séparation, un enfant abandonné et retrouvé, un nouveau mariage, une élection, la route à reprendre pour certains, et les maux et rancœurs qu’on devine. Sans heurts, sans cris, les drames se nouent. Entre eux on perçoit seulement les bruits étouffés, comme ceux des pas dans la poudreuse de leurs paysages. La lumière et les choses, statiques, immuables, sont des évidences presque bruyantes dans la ouate des non-dits.

La sobriété de la langue est terrible, habile et trompeuse. Ces personnages, on les tâte, on les ausculte, mais on est piètre médecin, à la recherche de preuves superficielles, car rien n’est jamais formellement dit, tout est montré. Leur vie et leurs sentiments sont tout entiers contenus dans ces gestes banals, Louise qui met du vernis, Tiny à son volant, Dan penché au-dessus de son bureau. Tom Drury réalise l’exploit étonnant d’écrire un livre en relief : ces surgissements vitaux parfois, scènes de la vie quotidienne, et en creux, le silence, les pauses et les ellipses, comme dans un film qui prendrait son temps.

Eh oui, la délicatesse a toujours des adeptes. La preuve.

Pam

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La fin du vandalisme, Tom Drury, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard, Cambourakis 2013

Images : tableaux d’Edward Hopper (Hotel roomSummer evening), film Paris-Texas (Wim Wenders)

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En passant

La fin du vandalisme, Tom Drury

11 Oct

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« Il aimait le sens de l’humour et la conviction de Tiny que chaque personne et chaque chose avait pour unique objectif de le coincer, lui et ceux de son espèce, mais à y regarder de plus près, il était difficile d’identifier quiconque de l’espèce de Tiny. Il parlait au nom des prolétaires, et était capable de sortir des formules telles que : « C’est le travailleur qui se prend un marteau entre les deux yeux chaque matin », mais, de toute sa vie, il n’avait pratiquement jamais exercé un seul boulot légal. Il pouvait assurer des travaux de plomberie rudimentaires, et lorsqu’il s’agissait de faire sortir un raton laveur du grenier, on le considérait comme excellent. Il buvait avec constance mais semblait parfois inhabituellement déterminé à perdre conscience. » (p93)

« Marie était une de ces excentriques qui circulent sur les routes isolées d’États monotones et semblent presque avoir été embauchées par le syndicat d’initiative pour égayer l’expérience du voyageur. Ces gens ont certaines choses en commun. […] Ils traversent des étendues désolées pour des raisons aussi vagues que variables, souvent en rapport avec des animaux. […] Ils vont voir un veau à Elko, qui s’appelle Dream Weaver ou Son of Helen’s Song. Ils connaissent tout le monde dans les restaurants routiers de plain-pied qui jalonnent le trajet, mais personne ne semble les connaître. […] Leurs noms de famille ne rappellent aucun autre nom que vous auriez entendu. » (p104-105)

« Cela faisait des années qu’une rumeur circulait comme quoi Sally Field allait réaliser et jouer comme actrice dans un film campagnard, qui serait tourné dans le comté de Grouse, et à chaque fois qu’une manifestation ressemblant à une performance d’acteur avait lieu en public, les gens se rassemblaient et regardaient partout dans l’espoir d’apercevoir Sally Field. […] l’intrigue avait eu le temps de changer : de l’histoire d’une jeune femme de ferme atteinte d’un cancer on était passé à celle d’une femme mûre atteinte d’un cancer. Mais pendant tout ce temps, Sally Field n’était jamais venue dans le comté de Grouse, et n’y viendrait jamais, et l’affaire dans son ensemble relevait du malentendu populaire qui refuse de dissiper. » (p192)

Chronique à venir !

La fin du vandalisme, Tom Drury, traduit de l’anglais (États-Unis) par Nicolas Richard, Cambourakis, 2013

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