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En passant

L’Île du Point Némo, Jean-Marie Blas de Roblès

7 Nov

 

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« Pris d’une égale fureur, les hommes s’égorgent, les montures éventrées se mordent aux naseaux. Des mourants continuent d’avancer, ils suffoquent d’une écume rosée, trébuchent, empêtrés dans leurs propres entrailles. Un seul cri de douleur semble s’exhaler des monceaux de cadavres et de blessés dont les corps amortissent le pas des assaillants. Les Immortels ont beau ressusciter, ils ne se renouvellent pas assez vite pour étaler la vague macédonienne. Et soudain, voici qu’ils se débandent, le centre perse est enfoncé, Darius fuit. C’est au moment où Alexandre voit son char bariolé disparaître dans la poussière qu’un messager réussit à l’atteindre : sur l’aile gauche, Parménion et ses cavaliers faiblissent devant les Perses ; sans renfort ils ne tiendront plus longtemps.

Ce fut l’instant choisi par Miss Sherrington pour secouer l’épaule du maître de maison :

– Monsieur, s’il vous plaît, Monsieur Canterel…

Martial Canterel était allongé sur un lit importé à grand frais d’une fumerie de Hong Kong. Le champ de bataille s’étendait au sol, occupant presque toute la surface du parquet… » (p13-14)

« De retour chez lui à l’improviste, son père avait voulu surprendre sa femme en lui prenant les seins par-derrière, comme il le faisait deux ou trois fois par jour avant son départ, mais elle s’était tournée si prestement, faucille, à la main, qu’elle l’avait décapité. …. Vous et moi, lecteur perspicace, jurerions que cela explique bien des choses, mais Wang ne serait pas d’accord. Lui pense que le hasard a réparti de façon harmonieuse les gènes de ses parents, ceux de son père pour la sensualité, ceux de sa mère pour la rapidité de réaction. » (p 127-128)

« Derniers télégrammes de la nuit.

Choses qui attestent la puissance magique du logos. M. Adrien Bougrillé, demeurant à Reims-la-Brûlée, s’est immolé par le feu intentionnellement. » (p 212)

 L’Île du Point Némo, Jean-Marie Blas de Roblès, Zulma, 2014

 

Gardons notre poids plume !

4 Sep

Les Inopinées vous présentent leur rentrée littéraire (mitonnée aux petits oignons de derrière les fagots, si vous voyez ce que je veux dire)

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Une rentrée des « valeurs sûres » nous dit-on, signe que les temps sont durs et l’avenir incertain. Ces valeurs sûres, vous les connaissez bien, vous en avez déjà lue une, deux ou trois, vous ne savez plus très bien. Ce qui vous donne, mine de rien, l’impression de vivre la même rentrée littéraire chaque automne. Pas le meilleur remède à la morosité selon nous.

Hardis les gars, de l’avant, du souffle, de l’imagination !

On laissera comme toujours de côté ceux que vous connaissez trop, que vous aimez déjà plus que de raison et nous aussi. Parmi ceux-ci, sachez que nous renouvelons notre admiration à :

*liste de Pam* : Siri Hustvedt (Un monde flamboyant, Actes Sud), Steve Tesich (Price, Monsieur Toussaint Louverture)

*liste de Kelly* : Thomas Pynchon (Fonds perdus, Seuil), Eric Vuillard (Tristesse de la terre, Actes Sud)

*liste de Jen* : Leonardo Padura (Hérétiques, Métailié), Catherine Mavrikakis (La ballade d’Ali Baba, Sabine Wespieser)

Nous vous proposerons d’explorer à nouveau la rentrée de l’édition indépendante grâce à la Voie des Indés 2014, dont nous reparlerons, avec une première chronique à venir sur La révolte des cafards d’Oscar Zeta Costa. Si vous voulez un avant-goût, faites un tour sur ce dernier buzz.

Nous nous plongerons par ailleurs avec délice dans les méandres inter/intra/méta textuels de Jean-Marie Blas de Roblès (L’île du Point Nemo, Zulma), nous partirons à la découverte de la littérature d’anticipation russe façon Mirobole (Vongozero, Yana Vagner, Mirobole éditions) et terminerons par la mélancolie poétique d’une île frontière abandonnée (Le dernier gardien d’Ellis Island, Gaëlle Josse, Noir sur Blanc).

Face aux « poids lourds » de la rentrée, les Inopinées préfèrent garder leur poids plume !

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